L’amour des mots

1977

Intention

« … Je suis curieux de voir à la scène « L’Amour des Mots », car, à sa manière, c’est une pièce qui m’apparaît aujourd’hui comme philosophique, en ce qu’elle traite au fond de la question du sens et du non sens de l’exprimer par le langage et je crois y avoir assez clairement exposé ce mécanisme, en ce sens que le dialogue propose un aspect de la logique et d’une possible non-logique du langage…” – Louis Calaferte.

Extraits

le Précepteur
Ce que je cherchais à vous faire distinguer, c’est la différence qui existe en l’objet, ou chose, et ce qui n’est pas un objet, ou chose. Car nous allons nous consacrer à l’étude des mots et à tout ce qui tourne autour, c’est à dire quoi, mon enfant…

L’Élève 
Hun…

Le Précepteur
Tout ! Tout simplement : tout ! sans les mots : rien ! Voilà le précepte initial que vous ne devez jamais oublier quoi qu’il arrive, quoi qu’on en pense, quoi qu’on en dise.

L’Élève, impressionnée
Oui, monsieur.

Le Précepteur
Car quand je dis : sans les mots : rien ! je le prouve ! Essayez de parler sans les mots… Essayez, mon enfants, essayez…

L’Elève, essayant
Hon… Hon… Hon…

Le Précepteur
Vous le constatez par vous-même : qu’obtenons-nous ? Le borborygme ! Ou à la rigueur, le cri. Les mots sont donc la base du langage. Retenez cela.

L’Elève
Oui, monsieur?

Le Précepteur
Je crois discerner que vous avez une certaine aptitude à l’étude et je m’en réjouis. Tant d’enfants d’aujourd’hui sont dans la décrépitude… Nous pouvons donc prétendre nous instruire tout en nous distrayant…

L’Elève
Oh, oui, monsieur.

Le Précepteur

Les mots sont comme des ballons, il y en a de toutes les couleurs, des bleus, des verts, des jaunes, des rouges… Il nous suffit de jongler avec, de les mélanger, de les additionner, de la diviser, de les tronçonner, de les soustraire ou de les mettre tous dans le même sac pour devenir très rapidement des virtuoses du vocabulaire, des vocabuliers, des vulcanologues, des volubilis, que sais-je encore !… Car l’étude n’est pas forcément une chose austère et rébarbative…

L’Elève, ravie
Non, monsieur.

Le Précepteur
Au contraire !… Nous pouvons apprendre énormément avec joie et même, pourquoi pas pourquoi pas, avec fantaisie !…

Le Précepteur
Du moment que l’esprit est attentif, agressif, explosif, il n’y a pas de raison pour que les résultats ne soient pas aussi excellents qui si on s’obstine à vouloir le soumettre par une sorte d’oppression et de compression conventuelle et continuelle à une discipline cannibalesque qui est parfois cause d’une lassitude bien explicable chez l’élève qui est inexcusable et quelquefois même préjudiciable au but recherché !

l’Élève
Oh, oui, monsieur